<<Avec le peuple iranien plus que jamais

Bernard-Henri Lévy (à paraître dans Le Point)

www.iran-resist.org

18.06.2009

Tricherie massive ou pas ?

Coup d´Etat d´un nouveau genre ou non ?

Et comment interpréter cette étrange élection dont les résultats étaient annoncés, par la presse liée aux services secrets et aux milices, avant même la clôture du scrutin ?

Vu l´absence d´observateurs internationaux, vu que les scrutateurs mandatés par les rivaux d´Ahmadinejad ont été chassés des bureaux de vote à coups de matraque, vu le climat de terreur dans lequel a baigné l´ensemble du processus, il est difficile de se prononcer avec certitude.

Mais trois choses, en tout cas, sont sûres.

La première est que cette élection n´avait, à bien des égards, que l´apparence de la démocratie. Mir Hossein Moussavi, le principal opposant à Ahmadinejad, n´était pas moins que lui un fils du système. Il avait, sur le sujet clé du « droit » de l´Iran au nucléaire, des positions qui n´étaient pas si différentes des siennes. Et, interrogé sur les déclarations négationnistes de son adversaire, il n´a pas hésité à déclarer : « même s´il y a eu un holocauste en Allemagne (on goûtera la subtilité du « même si »…), quel rapport ceci a-t-il avec le peuple opprimé de la Palestine, victime d´un holocauste à Gaza (tout est dit…) ? » Le Gorbatchev iranien, en d´autres termes, n´est hélas pas encore en piste. L´homme qui oserait une authentique perestroïka demeure inconcevable, et inconçu, dans une république islamiste pour le moment verrouillée. Et les observateurs qui glosaient sur l´« alternative » offerte par un homme, Moussavi donc, qui fut le Premier ministre de Khomeyni ainsi que le tout-puissant directeur de l´équivalent iranien de la Pravda, péchaient par naïveté – un peu comme ceux qui, du temps de l´Union soviétique triomphante, dissertaient sur d´imperceptibles luttes de faction au sein d´un appareil passé maître, lui aussi, dans l´orchestration de sa propre comédie. C´est un fait.

L´autre fait, pourtant, est l´aspiration au changement d´une fraction non négligeable, sans doute même majoritaire, de la société iranienne. Ces électeurs en colère que l´on voit, depuis dimanche, défier les paramilitaires des milices… Ces femmes qui, à Téhéran mais aussi à Ispahan, Zahedan, Chiraz, réclament l´égalité des droits… Ces jeunes, branchés en permanence sur Internet et qui ont fait de Facebook, Dailymotion, ou du site « I love Iran », le théâtre d´une guérilla ludique et redoutable… Ces chauffeurs de taxi hérauts de la liberté d´expression… Les intellectuels… les chômeurs… les bazaristes en rupture avec un régime qui les ruine… Bref, les frondeurs contre les fraudeurs. Les blogueurs et les blagueurs contre les sépulcres blanchis de l´appareil militaro-islamiste. L´auteur anonyme, mais relayé par SMS, sur des millions de téléphones mobiles, du mot qui, paraît-il, fait la joie des manifestants : « Pourquoi Ahmadinejad se coiffe-t-il avec une raie au milieu ? pour mieux séparer les poux mâles et femelles »… Ils ont voté, tous ceux-là, pour Moussavi. Mais sans illusions. Faute de mieux. A la façon de ces Polonais de Solidarnosc qui, dans les dernières années du communisme, autolimitaient leur révolution en
attendant de voir le régime s´autodétruire et s´effondrer.

La troisième certitude, enfin, c´est que l´initiative, du coup, revient plus que jamais aux démocraties. De deux choses l´une, en effet. Ou bien les partisans de la realpolitik l´emportent ; nous nous inclinons devant le prétendu verdict des urnes ; et, à la façon de ce ministre des Affaires étrangères français, qui, en 1981, au moment du coup d´Etat contre Solidarnosc justement, lança son fameux « bien entendu nous ne ferons rien », nous entérinons le pire. Ou bien nous utilisons les moyens dont nous disposons et qui, face à un pays diplomatiquement isolé, face à un régime dont tous les grands voisins souhaitent plus ou moins secrètement la chute, face à une économie exsangue et qui n´est même pas capable de raffiner son
propre pétrole, sont bien plus nombreux qu´il n´y paraît ; et nous
éviterons cette double catastrophe que serait, d´une part, une
intensification de la répression, peut-être un bain de sang, à Téhéran – et, d´autre part, l´irrésistible renforcement d´un Etat djihadiste qui, doté d´un armement nucléaire dont il n´a jamais caché qu´il serait instantanément mis au service de l´Imam caché et de son apocalyptique retour, serait un terrible danger pour le monde.

Résumons. De ces trois certitudes, pensées ensemble, résulte une obligation claire : aider et renforcer, de toutes nos forces, la société civile iranienne en révolte. Nous l´avons fait, jadis, avec l´URSS. Nous avons fini par comprendre, après des décennies de lâcheté, que, parvenu à un certain stade de pourrissement, le totalitarisme n´était fort que de nos faiblesses. Et nous avons su organiser des chaînes de solidarité avec ceux que l´on appelait les dissidents et qui finirent par avoir raison du système. Il existe, en Iran, l´équivalent de ces dissidents. Ils sont même, nous sommes en train de le découvrir, infiniment plus nombreux et puissants qu´au temps du soviétisme. C´est eux qu´il faut appuyer. C´est eux qu´il faut encourager. La « main tendue » d´Obama ? Puisse-t-elle l´être aussi, tendue, en direction de cette jeunesse – honneur d´un peuple qui a produit Avicenne, Saadi, al-Ghazali, Rumi et tant d´autres. Tel est l´enjeu.

Bernard-Henri Lévy

WWW.IRAN-RESIST.ORG

Note Iran-resist : Bernard-Henri Lévy nous a offert son soutien et nous a autorisés à publier en avant-première ce texte sur notre site. Nous le remercions et saluons ce texte, mais nous avons 2 réserves à émettre : le site I Love Iran qui est d´une qualité médiocre et surtout l´emploi du terme « dissident » est préjudiciable car les faux opposants utilisent ce terme pour infiltrer l´opposition et la dévoyer.

>>

Publicités